L'épidémie de SRAS a mis en évidence les limites de l'ancien système
Une histoire de réussite du DSE
En 2003, 44 personnes sont décédées du SRAS au Canada; on a relevé un total de 442 cas probables et suspects. À la fin de juin, le ministre de la Santé de l'Ontario de l'époque, Tony Clement, a estimé que le SRAS avait coûté 945 millions $ au système de santé de sa province. Allison McGeer, microbiologiste et directrice du service de prévention des infections à l'hôpital Mount Sinai, a elle-même contracté la maladie.
En moins de six mois, le virus du SRAS a complètement dévasté des vies, des familles et des économies. Pendant cette période dangereuse, les professionnels de la santé travaillaient dans l'ombre et s'épuisaient à tenter de contenir la propagation de la maladie. Leurs outils? Des tableurs Excel, des feuillets autocollants de couleur et des dossiers papier.
Dre Barbara Yaffe, directrice du Programme de lutte contre les maladies transmissibles au Toronto Public Health, a joué un rôle crucial dans la gestion de la crise du SRAS. Selon elle, tout le processus d'intervention était entravé par un système désuet d'information sur les maladies à déclaration obligatoire. « Les limites du système rendaient impossible l'établissement de liens entre les contacts et les cas, ainsi que le suivi des contacts. Nous utilisions donc des tableurs Excel. Nous nous sommes retrouvés avec une multitude de dossiers avec des notes inscrites sur des petits feuillets autocollants, ce qui n'est vraiment pas une bonne façon de gérer l'éclosion d'une maladie grave. »
Le service interne des technologies de l'information a rapidement mis en place une base de données à l'usage du personnel. Cette base de données n'était cependant pas reliée aux autres points de service et chaque service de santé devait créer son propre système. « Quelques années avant la crise du SRAS », raconte la Dre Yaffe, « je siégeais à un comité provincial qui faisait des recommandations relativement à la nécessité d'un nouveau système d'information pour la lutte contre les maladies transmissibles en Ontario. Les recommandations n'avaient pas été approuvées pour des raisons financières, mais en fin de compte, cela a fini par coûter beaucoup plus cher du fait que le système n'avait pas été mis en place. »
« Dans tous les services, nous nous heurtions à des problèmes dus à l'absence d'un système adéquat », témoigne la Dre McGeer, une survivante du SRAS. « Nous avons même dû, à un certain moment, jeter des échantillons de laboratoire parce qu'ils avaient été codés à des fins de confidentialité et pour lesquels nous avions perdu le lien avec le nom des patients. Les choses se perdaient dans la confusion. »
En plus de l'énorme difficulté à retracer les cas et les contacts, un autre élément d'information était totalement absent. « Le nombre de cas de SRAS était relativement peu élevé, explique la Dre McGeer. Mais quand une épidémie se déclare, le fait est qu'on ne consacre pas beaucoup d'efforts à retracer les contacts. »
Selon elle, pour sauver des vies lors d'une pandémie, ce qui est essentiel c'est d'établir l'épidémiologie de la maladie. « Nous chercherons à savoir qui sont les plus susceptibles de la contracter. Le taux d'hospitalisation est-il plus élevé chez les enfants, chez les adultes ou chez les personnes âgées? À quel stade de la maladie les gens se présentent-ils à l'hôpital? Quelles sont les complications courantes? Quelle est la meilleure prise en charge des cas pour prévenir un taux de mortalité élevé? »
En 2003, il n'y avait aucun système en place pour fournir des réponses à ces questions. « À ce jour, j'effectue toutes mes transactions bancaires en ligne. Quand je voyage en avion, je peux me procurer ma carte d'embarquement en ligne. Dans les services de santé, nous en sommes encore avec des bouts de papier. Notre incapacité à gérer l'information dans les services de santé est devenue, à mes yeux, un exemple flagrant d'une défaillance du système. Nous devons y remédier. »
Les leçons de la crise du SRAS ont été prises à cœur. On travaille actuellement à l'élaboration d'une application informatique pour la surveillance de la santé publique (Panorama) qui comblera les lacunes en matière de technologie de l'information. Le ministre de la Santé de la Colombie-Britannique gère le projet et l'ensemble des provinces et territoires collabore à sa conception et à sa mise en œuvre. Inforoute Santé du Canada a investi dans ce projet pancanadien. Quand il sera terminé, les responsables de la santé publique du Canada seront mieux équipés pour gérer l'information en cas d'éclosion d'une maladie infectieuse.
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